In nubeculus – Carte de visite de Louis Robach

Louis Robach (1871-1959) était un grand pyrénéiste et un pionnier du ski dans les Pyrénées. A voir sa carte de visite, on devine aussi qu’il avait un certain sens de l’humour.

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Un ton que l’on retrouve chez Louis Le Bondidier quand lui même exécute un portrait de celui-ci:

« Robach, l’homme des records.
Recordman de l’âge. Il est le Benjamin de ces cinq nouveaux promus qui représentent gaillardement d’ailleurs et en pleine santé de corps et d’esprit, 360 printemps au total et 72 de moyenne.
Recordman de l’altitude pour cette promotion. Il a dépassé à l’Aconcagua 5,800 mètres. Il est monté six fois au Mont Blanc, trois fois au Mont Rose, au Cervin, à la Barre des Ecrins, au Pelvoux, au Weisshorn, au Breithorn, au Stockhorn et à bien d’autres sommets dépassant les 3404 mètres de notre Néthou.

Recordman du tourisme à bon marché. Végétarien, il se borne comme nourriture en montagne au sucre, et dans la plaine, au pain et aux fruits.
Comme gîte en voyage, il considère que les banquettes des salles d’attente de chemins de fer quand il pleut et les bancs des promenades publiques quand il fait beau, ne sont pas édifiés pour les chiens. Ces principes admis et le régime adopté, l’ascension du Mont-Blanc revient à dix-neuf sous d’avant-guerre (une livre de pain et soixante-dix morceaux de sucre), le Cervin à 2 fr. 60; le Mont Rose à 4 fr. 25; une randonnée en Italie (chemin de fer non compris), à 9 fr. 65; une autre aux cataractes du Nil à 14 fr. 60 (pain, concombres, 260 oranges et dix mètres, de canne à sucre). Les chameaux du pays de Tout-an-Kamon ont dû en être eux-mêmes épatés et, sur ce chapitre de la sobriété, s’avouer vaincus.

Recordman des grands voyages. Comme je viens de le dire, il a regardé sous le nez le Sphinx d’Égypte et vu le Vésuve fumer au-dessus du golfe napolitain; il s’est promené sur les quais de la Tamise et sur ceux de Hambourg; il a vu danser à Biskra les Ouled-Naïls, ces petites prostituées plus pudiques en leur tenue que beaucoup de nos dames patronnesses; il a traversé l’Amérique sans souffrir du régime sec; il a observé au Canada une éclipse totale de soleil qui a ravi son cœur d’astronome passionné; il a lu son journal à la lumière du soleil de minuit, franchi les Andes, parcouru le Brésil, le Chili, la Grèce et la Norvège. La dernière carte qu’il m’adressa était timbrée de Constantinople et je crois que sous peu il part pour Leningrad où les restrictions alimentaires n’auront pas prise sur lui.

Recordman du Mont-Perdu avec 33 ascensions et une suite probable la prochain saison.

Recordman des clichés photographiques; plus de 7.000 dont certains pris au clair de lune avec quinze degrés sous zéro et des temps de pose de plusieurs heures.

Recordman de l’accident avec une dizaine d’anicroches dont une seule suffirait à tuer un moins résistant. En 1904, monté au Néthou à skis – car il a été un des précurseurs du ski – il attrape une entorse en descendant au Col Coroné. Que ceux qui connaissent le terrain imaginent ce qu’a pu être cette descente jusqu’au plan des Etangs, la remontée au port de Venasque, la descente à l’hospice de France à skis avec un pied immobilisé. Dix-huit heures d’effort, à genoux, à quatre, pattes, à cloche pied, assis, et le retour, à Luchon avec deux orteils gelés. Ce qui ne l’empêchera pas de se croire très prudent et de déclarer qu’il n’a jamais rien tenté de dangereux en raison de sa « responsabilité morale » vis-à-vis de sa famille.

Enfin, dernier record, l’ambition. Car cet homme si modeste d’aspect, de parole et de tempérament, est plus ambitieux que n’importe lequel d’entre vous. Il rêve, en effet, de monter au-dessus de 6000 mètres et de faire le tour du monde… »