Gavarnie, Paysage mal famé!

Étonnante et mélodramatique scène sur fond de grande cascade!

La Fille du contrebandier, un petit roman populaire et édifiant prenant place dans un village pittoresque de la haute montagne pyrénéenne parut dans la collection Stella du magazine l’Echo de la Mode et daté de n’année 1929.

Pour le grand public, la montagne pyrénéenne était à cette époque là encore le domaine du ski et des ballades revigorantes, mais aussi le pays des fiers et un peu rustres bigourdans, taiseux, durs, rusés, et forcément un petit peu contrebandiers sur les bords.

Mais d’une certaine manière, n’est-ce pas toujours un peu le cas..?

 

DSCN6039

In nubeculus – Carte de visite de Louis Robach

Louis Robach (1871-1959) était un grand pyrénéiste et un pionnier du ski dans les Pyrénées. A voir sa carte de visite, on devine aussi qu’il avait un certain sens de l’humour.

DSCN4214

Un ton que l’on retrouve chez Louis Le Bondidier quand lui même exécute un portrait de celui-ci:

« Robach, l’homme des records.
Recordman de l’âge. Il est le Benjamin de ces cinq nouveaux promus qui représentent gaillardement d’ailleurs et en pleine santé de corps et d’esprit, 360 printemps au total et 72 de moyenne.
Recordman de l’altitude pour cette promotion. Il a dépassé à l’Aconcagua 5,800 mètres. Il est monté six fois au Mont Blanc, trois fois au Mont Rose, au Cervin, à la Barre des Ecrins, au Pelvoux, au Weisshorn, au Breithorn, au Stockhorn et à bien d’autres sommets dépassant les 3404 mètres de notre Néthou.

Recordman du tourisme à bon marché. Végétarien, il se borne comme nourriture en montagne au sucre, et dans la plaine, au pain et aux fruits.
Comme gîte en voyage, il considère que les banquettes des salles d’attente de chemins de fer quand il pleut et les bancs des promenades publiques quand il fait beau, ne sont pas édifiés pour les chiens. Ces principes admis et le régime adopté, l’ascension du Mont-Blanc revient à dix-neuf sous d’avant-guerre (une livre de pain et soixante-dix morceaux de sucre), le Cervin à 2 fr. 60; le Mont Rose à 4 fr. 25; une randonnée en Italie (chemin de fer non compris), à 9 fr. 65; une autre aux cataractes du Nil à 14 fr. 60 (pain, concombres, 260 oranges et dix mètres, de canne à sucre). Les chameaux du pays de Tout-an-Kamon ont dû en être eux-mêmes épatés et, sur ce chapitre de la sobriété, s’avouer vaincus.

Recordman des grands voyages. Comme je viens de le dire, il a regardé sous le nez le Sphinx d’Égypte et vu le Vésuve fumer au-dessus du golfe napolitain; il s’est promené sur les quais de la Tamise et sur ceux de Hambourg; il a vu danser à Biskra les Ouled-Naïls, ces petites prostituées plus pudiques en leur tenue que beaucoup de nos dames patronnesses; il a traversé l’Amérique sans souffrir du régime sec; il a observé au Canada une éclipse totale de soleil qui a ravi son cœur d’astronome passionné; il a lu son journal à la lumière du soleil de minuit, franchi les Andes, parcouru le Brésil, le Chili, la Grèce et la Norvège. La dernière carte qu’il m’adressa était timbrée de Constantinople et je crois que sous peu il part pour Leningrad où les restrictions alimentaires n’auront pas prise sur lui.

Recordman du Mont-Perdu avec 33 ascensions et une suite probable la prochain saison.

Recordman des clichés photographiques; plus de 7.000 dont certains pris au clair de lune avec quinze degrés sous zéro et des temps de pose de plusieurs heures.

Recordman de l’accident avec une dizaine d’anicroches dont une seule suffirait à tuer un moins résistant. En 1904, monté au Néthou à skis – car il a été un des précurseurs du ski – il attrape une entorse en descendant au Col Coroné. Que ceux qui connaissent le terrain imaginent ce qu’a pu être cette descente jusqu’au plan des Etangs, la remontée au port de Venasque, la descente à l’hospice de France à skis avec un pied immobilisé. Dix-huit heures d’effort, à genoux, à quatre, pattes, à cloche pied, assis, et le retour, à Luchon avec deux orteils gelés. Ce qui ne l’empêchera pas de se croire très prudent et de déclarer qu’il n’a jamais rien tenté de dangereux en raison de sa « responsabilité morale » vis-à-vis de sa famille.

Enfin, dernier record, l’ambition. Car cet homme si modeste d’aspect, de parole et de tempérament, est plus ambitieux que n’importe lequel d’entre vous. Il rêve, en effet, de monter au-dessus de 6000 mètres et de faire le tour du monde… »

 

Miqueu de Camelat – Béline, 1899. Ed. originale.

Le 26 janvier 1871 naissait à Arrens-Marsous un de ses plus glorieux enfants : Miqueu de Camelat. C’était il y a 149 ans. Ce grand poète gascon, disparu en 1962, fut également Maire et épicier dans son village natal. En 1899, il faisait paraître son premier grand poème, Béline, dont l’action prend place en Val d’Azun.

DSCN4920

CAMELAT (Miqueu de)

BELINE, pouème gascou… dap la traducciou de dret-a-dret

Tarbes, Imprimerie de J. A. Lescamela, 1899. Edition originale à 500 exemplaires sur papier ordinaire et 50 sur papier vélin. Ici un des exemplaires sur papier ordinaire, non coupé.

« Michel camelat (1871-1962), écrivain occitan d’expression gasconne né à Arrens (Hautes-Pyrénées) est, dans le sillage de frédéric mistral et du félibrige, la figure la plus marquante de la renaissance littéraire de la langue d’oc en Gascogne. Quoi qu’elles s’inspirent des thèmes et des productions de ses précurseurs provençaux, l’œuvre et l’action de Camelat renouvellent leurs approches. Elles contribuent a définir et organiser une espace culturel et littéraire gascon autonome au sein de l’ensemble d’oc par la constitution de l’Escole Gastou-Febus » 1896), et la mise en place de diverses publications. Si le premier grand poème de Camelat, Béline (1899), est le contrepoint gascon de Mireio, son épopée Mourte e bibe (1920) se place au confluent des recherches historiques sur le domaine d’oc et des tentatives contemporaines de risorgimiento, particulièrement catalanes. Plus généralement, son œuvre questionne les rapports de la parole poétique a la communauté, au pays et a l’histoire. Sous-entendue par une réflexion ethnologique, linguistique et historique originale, elle contribue, par sa diversité et son exigence – Camelat donnera toute sa mesure dans la nouvelle avec Bite-bitante (1937) – a un renouvellement de la pensée identitaire et, a une recomposition de l’espace littéraire occitan dans lequel elle joue un rôle original et important bien que souvent méconnu.  » Jean Salles-Loustau